15 septembre 2013

Essai, description de personnage - Uira













J'ai décidé de vous ouvrir un peu à mon monde, à certaines créations qui me suivent et personnages qui ont évolué au fil des années, que j'ai parfois (et souvent !) laissés de côté mais que j'ai toujours repris et modifiés avec le temps.

J'aimerais vous présenter par bouts ces petites nanas de mon imaginaire, avec un ou des dessins et un petit texte racontant un passage précis. Si ça vous branche faites le moi savoir, là c'est un test mais si la réaction environnante avoisine les températures minimales de l'Oural pré-polaire je ne réitérerais pas l'expérience, of course !
Aujourd'hui c'est ma poulette Uira qui passe à la casserole. Son prénom est un mot hawaïen signifiant  "éclair", c'est une sacré flèche en règle générale mais vous allez vite voir que quand elle dort son nom perd vite de la valeur, ha ha ! Ui' est née quand j'étais au lycée. Elle a beaucoup changé entre temps. Je vous mets plusieurs dessins, certains sont très vieux et ont donc 6 ans au compteur, ne vous étonnez pas du niveau !

























      Le soleil était déjà bien haut lorsque j'ai émergé. La chaleur avait envahi la case qui sentait la paille brûlante et les rayons filtraient un peu à travers le bambou et les feuilles de bananier. Je me trémoussais un peu dans le hamac, fis danser mes orteils avant de lâcher un bâillement digne du roi de la savane. Jour, nuit, jour, nuit. Mes paupières avaient vraiment du mal à rester ouvertes, le seul sens qui restait en éveil était mon ouïe, pourquoi diantre les piafs se sentaient obligés de crier toute la journée ? Je roulais dans mon cocon suspendu pour me mettre sur le ventre et m'étouffais dans le coussin en chantant quelques injures incompréhensibles. Dans ma manœuvre, je jetais un coup d'oeil furtif à l'étage en bas. Personne. Cool ! Tout mon corps se laissait aller à la pesanteur ; Mes cheveux blancs qui se confondaient avec le tressage du hamac, mes bras qui faisaient le papillon en plein envol, et mes jambes jointes comme une sirène qui aurait grandement envie de couler dans les fond marins ou le royaume des rêves. Le drap avait tellement tourné pendant la nuit qu'il ressemblait à une guimauve torsadée, et moi, pauvre de ma carcasse, je ressemblais désormais à un saucisson pendu dans son filet. Mais rien à faire, j'ai beau enfoncer la tête dans le tissu mou qui sent terriblement bon le coco avec une pointe de sel, je suis bel et bien réveillée. Pire encore, je n'ai même pas encore mis le pied à terre que je suis déjà de mauvaise humeur.

      Une autre acrobatie et me voilà de nouveau sur le dos. Je poussais une dreadlock chipie qui voulait absolument me servir de bandeau de nuit, massait mes paumes l'une contre l'autre avant de les appliquer encore chaudes sur mes yeux. C'est dur d'être jeune. Je passais outre les piaillements sur lesquels j'avais rejeté la faute de mon réveil et tendais l'oreille. L'écume devenait du son, gazeux et pétillant, la cassure de l'eau contre les minuscules grains de sable insufflait toute la force de la nature, telle une conque en alerte pour m'inciter à lancer la cavalerie marine. J'en déduisais que les vagues n'étaient ni trop fortes pour que je lutte comme un poisson apeuré dans un bassin attaqué par une horde de gamins, ni rabougries au point de me laisser flotter dans l’eau à la manière étoile de mer, ou pire encore, d'être assommée par une deuxième vague de sommeil avec mon ami monsieur le coussin vicieux.

Ici, c'est les îles, le monde est au ralenti, et personne ne passe réellement la 2e vitesse même l'après-midi arrivée. Nos cultures sont petites mais suffisantes, l'élevage en est de même, et les occupations restent très artisanales. Une vie rudimentaire voire préhistorique selon certains, mais c'est ainsi que notre rythme s'est installé depuis le 'grand monde nouveau', cette guerre qui a tout changé.
Vous l'avez peut-être deviné mais en dehors de ces occupations vitales qui assurent la bonne survie de tout le monde, nous aimons un sport particulier. Il nous relie en communion avec cette eau qui pourtant nous sépare du monde extérieur tout en nous permettant de nous nourrir, le plus grand paradoxe de l'océan. Il départage les grands noms de la tribu et accorde privilège ainsi que force à tous ceux qui le maîtrisent.
J'ai nommé le surf.
L'art de se hisser sur une planche faite de bois, braver le courant et le large, contrôler son souffle, s'apaiser par une danse piquée de sable et de sel qui vous fouettent le visage. Être alerte du danger de finir coulé par sa propre amie que l'on a taillée dans un tronc, passer outre et rouler dans un torrent de bulles avant d'aller cracher les algues récupérées au passage sur la plage. Tout ceci, une même boîte à musique sans fin qui participe au bon fonctionnement de l'amusement de l'île, mais pas que. Mon père 'Ino est le grand chef invaincu, et étant l'unique progéniture même féminine je me dois de perpétuer la tradition ce qui n'a rien pour me déplaire.

Faire corps avec l'eau, au fil des saisons qui défilent, a cadencé ma vie depuis ma petite enfance. Se relever et faire face à la nature n'a jamais été plus simple, et pourtant... Pourtant il y a une part cachée de mon âme qui crie à l'inconnu depuis bien longtemps. Condamnée à rester sur la même parcelle de terre pour toute son existence est parfaitement réducteur pour une jeune fille à la curiosité débordante, mais il est vrai que nous ne pouvons faire autrement depuis bien des siècles. Le monde a changé, et nous sommes resté les mêmes. Les autres continents nous sommes interdits, les hommes départagés par leur fureur et dans la destruction du grand monde nouveau se sont conciliés par peuplades, créant ainsi une organisation tout autant novatrice que réductrice de la terre. Les blancs se partagent la plus grande surface du globe, les autres puissances sont écartées et rangées, aussi cruel que le mot puisse paraître. Et il y a les exceptions. Ceux que l'on a exilés au plus loin afin de cacher leur face au reste du monde, la paria de l'humanité qui n'aurait jamais dû exister. Si je le sais, c'est bien parce que je suis fille de chef, et qu'après quelques verres de rhum mon paternel se révèle très incontestablement bavard. Personne ne doit savoir, personne ne doit aller rejoindre ces terres dont nous avons été bannis, notre accord n'était pas demandé et les minorités par crainte de succession ont obéi à ces grandes faveurs politiques. Toutefois je ne peux fermer les yeux sur ces histoires et légendes qui se racontent au coin du feu par les anciens entre eux. Cette souffrance ancestrale d'exilés pèse sur notre peuple autant que la pesanteur qui me cloue aujourd'hui dans mon hamac. Nous sommes albinos, mais à la fois métis et noirs. Ce soleil de plomb qui faisait la grande joie des vacanciers fût un temps, est l'ironie du sort qui nous brûle à cause de notre peau. Héritiers à la peau d'ébène, nous devrions supporter mieux que personne les rayons de cet astre de vie. Il en fût autrement. Bannis sur une parcelle où l'ombre est denrée rare, notre épiderme couleur cendre est meurtri au quotidien, nos cheveux aussi blancs que la lune sèchent comme de la paille, et par dessus tout nos yeux couleur sang pleurent encore de la relégation passée. Telle est notre histoire, notre héritage, et s'il est une chose que j'ai pu me promettre du plus profond de mon cœur, c'est que telle peine mérite plus grande aventure. J'irai sur le continent, pourtant en connaissance des périls que j'endurerai.


Je ne croyais pas si bien dire bien confortablement installée dans mon innocence, lorsque l'engin s'est écrasé dans un fracas assourdissant sur l'île voisine.








Celui-ci a été fait par une amie, Annika, qui est finlandaise. Vous pouvez voir son DeviantArt et son univers complètement décalé ici. La Finlande et la mode, ça déconne pas.


A bonne entendeur tout le monde, vos réactions sont la bienvenue. En petit plus, un petit dessin polynésien tattoo que les abonnés de la page FB ont déjà vu. Pardon pour la carapace de tortue, je sais désormais que je ne ferais plus de maori dans ma vie !








4 commentaires:

  1. J'ai beaucoup appréciée l'univers de Uira, c'est vraiment sympathique de voir un personnage qui ce détache des stéréotype des jeunes créatrices ! Moi, je suis partante pour découvrir les autres personnages qui jonche ton imaginaire ! J'espère que tu nous mettras encore un petit texte pour situer un peut plus l'univers de tes personnages. ;)

    RépondreSupprimer
  2. Belle évolution du perso, me tarde de voir la suite ;)

    RépondreSupprimer
  3. Tu nous présenteras d'autres personnages, hein, dis? :D
    Je connaissais déjà Uira, mais je trouve super d'avoir tout réuni au même endroit. Parce que jusqu'à maintenant, tu publiais parfois des bribes à son sujet, et c'est chouette d'avoir toute son histoire sous les yeux :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais volontiers, j'attendrais de dessiner de façon plus récente et plus stylée d'autres personnages mais vu que ça a plu je vais réitérer l'expérience =)

      Supprimer

Moi j'aime les petits mots ! ♥ Merci à ceux qui en laissent, ça fait plaisir !